Chapitre 12 – Valentine

Tiré du livre Trajectoires parallèles

N’y avait-il pas de meilleure façon de rencontrer Valentine qu’en arpentant la rue de Paradis un soir d’été ? Ses pommettes saillantes pareilles à des œufs de Pâque reflétaient le teint mat qui nous rappelait les vieux romans jaunis de provence. Et sur la commode du salon, trônaient d’anciens magazines de mode dans lesquels sa mère avait jadis posé, et qui me rappelait combien le temps était passé. Pas pour sa mère, qui s’était bonifiée au fil des années.

Elle était passé du statut de pin-up à celui de femme forte. Celle qui fait peur aux hommes. Moi, je la regardais avec des yeux cernés d’admiration. Ses longues robes aux couleurs sombres contrastaient avec son teint vif et directif. Sa peau, légèrement striée par endroits, donnait l’impression d’être chaudement sucrée. Ses lèvres arboraient un rouge ardent, en accord avec l’image qu’elle renvoyait. Mais ses mains menues et ses gestes doux laissaient présager une tendresse infinie, qui aurait puisé son énergie dans les épreuves du temps. Cette dame des villes ne m’avait adressé que rarement la parole, au cours de discussions somme toute banales et que je prenais plaisir à écourter, comme pour leur donner de la valeur.

Sur la cheminée, je remarquais un vase d’Arabie qui avait accumulé de la poussière. Et alors que j’en retirais une partie, elle me lança un sourire timide et hors du temps. Mon sang ne fit qu’un tour, et j’imaginais alors les cantiques implorants et cadenassés s’acquitter du joug de la lumière. Mes yeux de hangar plissaient sous le poids de sa chair de laine.

Je me mettais à envisager l’impossible. Ses lèvres de bonheur qui embrassait la mer. Son charisme d’espagnole au pied d’un éventail. Le chant des criquets reproduit par ses bracelets haletants qui s’agitaient comme des turbines nucléaires. Mon âme fantomatique qui tournait le dos aux turpitudes sempiternelles, et l’odeur de l’origan qui s’échappait des plaines mémorielles. Je remontais le sens de l’histoire et je me retrouvais dans un vaisseau intemporel qui faisait fi de tous mes souvenirs castrateurs.

Les tambours d’Afrique n’y pourraient rien. Les incantations d’Amazonie non plus. Pas même le phosphore blanc des armées jéhoviennes. Il n’y avait là plus que le cliquetis de l’éclosion finale et de la fin des temps. Comment pourrait-on jamais te tromper ? Laquelle parmi ma douceur et ma colère voudrais-tu mettre à ton service ? Et qui pourrait se lasser du reflet pâle de tes yeux, dans lequel les bateaux ivres s’encastrent d’amour et de frustration ?

Ton emprise sur le monde n’avait aucun effet sur moi. C’est le talisman que tu cachais sous tes draps de métal qui m’avait lancé un misérable sort. A moi, et à tous les condamnés qui attendaient sagement leur sourire au parfum de pissenlit.

Une porte s’ouvrit, puis Valentine fit son entrée dans le salon. Elle me pris la main et m’entraîna vers son appartement.

Ziyad

Ecrit par Ziyad

Des textes qui me passent par la tête !

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