Chapitre 20 – De l’amitié

Tiré du livre Trajectoires parallèles

Je m’étais convaincu que ces bâillements de vie ne me mèneraient ni à l’excitation d’une réussite effleurée, ni au bannissement de tout regret futur. Je décidais donc de sortir de cette torpeur goupillée comme une tortue d’Hermann, et j’allais pour cela retrouver Valentin, qui officiait désormais en gourou des affaires dans les milieux autorisés.

J’avais fait le deuil des objectifs imposés, mais aussi des spéculations secrètes et honteuses. Je ne serai ni celui que j’avais rêvé d’être étant petit, ni celui vers lequel on avait tenté de m’orienter. J’admirais prosaïquement Valentin, en sachant qu’il eut été vain d’avoir un parcours si brillant, et c’était tant mieux.

De l’amitié je n’attendais pas grand chose. Mais s’il fallait tuer le temps, pût-il nous pardonner de le faire ensemble, avant de nous rappeler à ses bons souvenirs.

L’amitié grandit en nous, puis vieillit avec nous. Elle soutient nos âmes congédiées, puis meurt égoïstement dans le silence assourdissant des heures heureuses. Elle ne repose sur aucun intérêt particulier, mais trouve son essence dans des intérêts communs. La gausserie des jeux d’échecs, l’illusion d’un jeu de dames. Les débats contradictoires, l’absence d’ébats jubilatoires.

Il est rare de pincer le coeur des hommes autrement que dans leurs chagrins. C’est ce qui forge le bonheur ex post, le meilleur de sa catégorie, loin des joies candides et immédiates.

L’amitié ne sera jamais ni le pansement, ni la plaie. Seulement la main tendue qui nous relèvera dans un éclat de rire, et dont l’écho ira se loger au creux d’un grand verre rempli de mousse.

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