– Je me souviens vaguement de mon expulsion du Big Bang,
et de ce naufrage sur cette planète
dont l’attraction chargée de gravité m’a fixé là sur ce récif,
plombant ce qu’est mon âme et ma mémoire.
Intégré de fait à cet astre et son milieu,
je prêche depuis, inapparent, pour des terriens qui s’agitent
dans le clair-obscur de leurs incertitudes ;
et d’une vigueur teintée de fièvre, je propage, je prône,
je combine, je prescris et suggère dans les consciences ;
l’élixir de l’éveil à ces êtres errant de leur orgueil, et qui,
entre les ombres et les éclairs,
cherchent sous les cendres du devenir,
un sens à leurs destins.
Pour s’adresser aux cieux,
je les ai vu naguère empiler les pierres de l’allégeance,
et maçonner sur les piliers de leurs croyances,
des édifices sacrés à la gloire de leurs messies,
et j’entends depuis,
des hymnes résonner sur ces murailles de pénitence,
et les louanges qui s’évaporent en traversant les voûtes.
Alors je vois sous la bourrasque,
ces chants et ces prières divines
qui se diluent dans la désolation de l’éther,
j’entends dans le vide sidéral, abandonné et sans réponse,
le bruissement sourd des doléances qui restent vaines,
je vois des pupilles dilatées de piété,
attendant d’une aurore flamboyante
des places assises sur le strapontin de l’au-delà,
je vois ces êtres l’oreille en alerte,
ouïr de boulimie un signe des cieux,
et recevoir de Céleste, qu’un écho acouphène.
Je vois aussi ces damnés de l’espérance
échoués sur l’horizon des déceptions,
ils se drapent en pèlerins et sillonnent leurs émois
sur les sentiers de l’amertume pour oublier les doutes
et toute la charge humaine que portent leurs épaules ;
ils arpentent les grottes à miracles chaussés de leurs missels,
ils se balancent comme des automates sur des murs à lamenter,
ils se froissent, prosternés, sur des tapis tissés de révérence,
et pour éloigner les tourments,
d’autres brûlent courbés de ferveur,
quelques cierges cireux sur des autels en or,
je les vois, enivrés d’humilité réciter leurs complaintes,
mais en dépit de cette ardeur et malgré la dévotion ;
sous le joug du doute, je vois souvent se consumer la foi.
Ainsi j’ai vu le regard vitreux de la dernière échéance,
elle vient en brandissant sa faux,
souffler les bougies de l’espérance
et assombrir les rêves de ces béats disciples ;
et j’ai pu voir lugubres,
les derniers soubresauts de ces hères humiliés,
et leur substance se diluer loin des paradis promis.
Alors, de ce fait, je m’éloigne maintenant de cette sphère
sans avoir fait mûrir dans ces mémoires hermétiques,
le fruit acide de l’épilogue.
– Et ainsi,
entité du néant,
émissaire obscur,
messager du chaos,
ou archange du no future,
peut importe, car je viens, je vais, et j’irai,
de rendez-vous cosmiques
en vortex éthérés, dans tous les mondes qui furent,
qui sont, qui passent, et qui trépassent,
pour répandre encore, le suc amer de l’énigme,
et féconder ainsi les pénombres molles de ces consciences.