Je me souviens encore de nous deux…
Dans ce village aux traits desséchés,
là où la vie tournait autour de la terre et des troupeaux,
où l’isolement et le manque d’horizons
pesaient comme une ombre lourde
au-dessus des maisons …
Et pourtant—
nous riions comme si le monde entier nous appartenait.
Nous courions derrière les troupeaux,
laissant la poussière danser derrière nous.
De nos petites mains, nous inventions nos jouets:
Une pierre devenait une maison,
Une branche devenait un pont,
Un vieux pot cassé devenait un palais.
Tout ce que nous touchions prenait vie.
Il suffisait de presque rien
Pour nous rendre heureux.
Comme si notre imagination était plus vaste
que tout ce qui nous entourait.
Et aujourd’hui…
Nous avons grandi,
ou peut-être est-ce seulement la distance entre nous
qui a grandi.
Chacun poursuit désormais son chemin,
dans un pays différent,
là où l’avenir semblait plus lumineux,
mais où les cœurs deviennent parfois plus étroits.
Les troupeaux ne nous attendent plus,
leurs pas se perdent dans les chemins nus.
Le silence a grandi doucement,
là où vibraient nos rires d’enfants.
Même les pierres gardent encore
la mémoire de nos jours d’or.
Autrefois, nos éclats de rire illuminaient cet endroit,
et pourtant, combien avons-nous été ingrats…
Nous avons couru vers des lendemains meilleurs,
sans regarder une dernière fois
les traces laissées derrière.
Nous avons perdu ce lieu,
et peut-être nous sommes-nous aussi perdus
quelque part ailleurs.
Et si le temps revenait, ne serait-ce qu’un instant…
Nous courrions encore, comme autrefois.
Nous nous réunirions autour du même plat partagé,
sur la vieille natte où nous étions rassemblés.
Le peu que nous avions
suffisait à nous combler.
Jamais les mets raffinés,
ni les restaurants bourgeois aux tables élégantes,
ne pourraient remplacer la beauté
de ces instants d’autrefois.
Chaque fois que je ferme les yeux,
j’y retourne, là-bas, sans même bouger.
J’entends encore nos rires se glisser
entre les branches des oliviers,
et je sens mes petites mains retrouver
la même poussière,
toujours cette poussière
qui semblait autrefois contenir tout un pays.
Ce n’est pas seulement ce lieu que je regrette,
mais cet autre moi,
ce « nous » disparus.
Celui d’une époque où la pauvreté ne nous privait de rien,
où le bonheur était trop simple pour être expliqué,
trop vrai pour croire qu’il pouvait un jour se perdre.
J’avoue que, malgré le chemin parcouru,
Je continue de rêver à ce temps qui nous appartenait
Comme si une part de moi y était restée.
Je ne t’ai jamais oublié.
Tu viens me rendre visite chaque nuit,
comme une douce lumière dans l’obscurité.
Ton ombre traverse mes songes,
et nous redevenons ce que nous étions :
deux âmes encore légères,
deux cœurs innocents.
Puis vient le matin,
et je me réveille le cœur plus léger,
comme si le rêve avait réparé en moi
une part de ce que la vie avait brisé.
Une réponse sur « Ce « nous » disparus. »
Bravo et bonne continuation👍👍👍