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Poésie

L’heure des jardins

J’ai voulu poser des mots sur ce vide, comme on dépose des fleurs sur une tombe.

L’heure des jardins

Ta mort n’a pas choisi son heure,
elle est venue sans fracas,
comme une fenêtre qu’on referme
sur un jardin qu’on ne verra plus.

J’avais quarante ans, ce matin-là,
et soudain plus d’âge, plus d’enfance,
juste ce goût de terre dans la bouche,
ce silence où ta voix s’en va.

Je me souviens de tes mains de lessive,
de leur odeur de lavande et de sueur,
de tes doigts comptant les jours sur la nappe,
comme on égrène un chapelet d’heures.

Tu étais l’arbre où je grimpais,
la branche basse, le fruit trop mûr,
le bruit de l’eau dans la bassine,
le tablier blanc contre le mur.

Aujourd’hui, je marche dans tes pas,
je les cherche sur les dalles du temps,
mais ils s’effacent, comme une promesse,
comme un souffle au bord du vent.

Alors je prends le deuil comme un manteau,
trop large, trop lourd, mais tiède encore,
et j’y cache un peu de tes silences,
quelques mots que tu n’as pas dits.

Grand-mère, tu n’es plus là,
mais ton absence est un paysage,
un ciel bas, une mer qui doute,
où je vais apprendre à vivre sans toi.

Et quand le soir emplit les chambres,
je te retrouve dans le jour qui fuit,
dans le geste d’une eau qui coule,
dans le poids d’une pomme cueillie.

Car tu n’es pas partie, tu es devenue
la page blanche au fond du livre,
l’instant qu’on ne peut plus décrire,
mais qu’on relit, pour mieux revivre.

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