Mon âme est un appartement sans lampe,
Où les miroirs se taisent,aveugles et froids.
Les pas de l’ombre y résonnent en vain,
Et le temps s’use au fond d’un couloir étroit.
Je suis le roi d’un royaume sans trône,
Où nul regard ne vient croiser le mien;
Les rires d’or,les femmes en couronne,
Passent au loin comme un mirage ancien.
Auteur/autrice : Badr Alaoui Mrani
Le Regard de l’Aîné
Je les regarde, elles, les fortes, les nouvelles,
Celles qui n’ont plus peur du creux de nos modelés.
Elles brisent le miroir où riaient leurs prunelles,
Et jettent au passé nos silences scellés.
Leur colère a germé dans le terreau des âges,
Leur verbe est un couteau qui tranche le vieux lien;
Elles disent: « Assez de ces injustes partages !
L’heure des jardins
J’ai voulu poser des mots sur ce vide, comme on dépose des fleurs sur une tombe.
L’heure des jardins
Ta mort n’a pas choisi son heure,
elle est venue sans fracas,
comme une fenêtre qu’on referme
sur un jardin qu’on ne verra plus.
Les Promesses fossiles
L’aube se lève sur un seuil de pierre,
Où le vent use un nom gravé trop tôt.
Quarante ans plient sous le poids de la terre,
Et les mains cherchent un travail dans l’eau.
Le soleil dore un mur qui n’a plus d’ombre,
L’horizon busse un regard sans chemin.
Chaque matin, la même attente sombre
Écrit des jours au creux de ses deux mains.
Le figuier du roc nu
Sous l’aube ocre et froide où le muezzin sombre,
Il noue sa cravate, armure contre l’ombre,
Et frôle les murs nus de la cité sans nom,
Où le vent sec écorche un soleil de plomb.
L’heure sans selle
Chaque matin, je lace ma dignité comme une vieille outre,
mais elle fuit par les coutures avant la prière.
Le miroir m’a donné un visage d’attente,
creusé du même or que les dunes quand elles mentent.
Sur la place, nous sommes une nuée sans nuage,
des hommes debout qui apprennent l’art de l’invisible.
Nos ombres disputent aux chiens le peu d’ombre.
Dorure et cendre
Le Maroc étire ses dunes sous l’azur
Comme un tapis trop beau pour cacher les fissures.
L’ambre des souvenirs se monnaie au souk bas
Où le pauvre s’incline et le riche est soldat.
La main qui signe l’acte a goûté le bakchich,
Les palmiers du prestige ploient sous le trafic.
L’Archipel des rats
Dans le labyrinthe ocre des tannières,
où le cuir blonde au soleil couché,
une dynastie de petites guerrières
gouverne l’ombre sous les arcs penchés.
Elles connaissent l’heure où le safran
s’endort dans les sacs du souk aux épices.
Leur empire est un atlas de parfums tranchants,
de figues pourries, de laine et d’artifices.







