Chaque matin, je lace ma dignité comme une vieille outre,
mais elle fuit par les coutures avant la prière.
Le miroir m’a donné un visage d’attente,
creusé du même or que les dunes quand elles mentent.
Sur la place, nous sommes une nuée sans nuage,
des hommes debout qui apprennent l’art de l’invisible.
Nos ombres disputent aux chiens le peu d’ombre.
Author: Badr Alaoui Mrani
Dorure et cendre
Le Maroc étire ses dunes sous l’azur
Comme un tapis trop beau pour cacher les fissures.
L’ambre des souvenirs se monnaie au souk bas
Où le pauvre s’incline et le riche est soldat.
La main qui signe l’acte a goûté le bakchich,
Les palmiers du prestige ploient sous le trafic.
L’Archipel des rats
Dans le labyrinthe ocre des tannières,
où le cuir blonde au soleil couché,
une dynastie de petites guerrières
gouverne l’ombre sous les arcs penchés.
Elles connaissent l’heure où le safran
s’endort dans les sacs du souk aux épices.
Leur empire est un atlas de parfums tranchants,
de figues pourries, de laine et d’artifices.
L’Homme Seul
Il est un homme au coin du soir taciturne,
Dont l’âme erre en un palais désert,
Où chaque pas fait naître une nocturne
Écho de vide où l’espoir s’est perdu.
Son cœur est pierre en un jardin sans roses,
Sa table met un couvert orphelin ;
Les mots qu’il tient sont autant de cloisons
Entre son être et le monde enfantin.



