Dans le labyrinthe ocre des tannières,
où le cuir blonde au soleil couché,
une dynastie de petites guerrières
gouverne l’ombre sous les arcs penchés.
Elles connaissent l’heure où le safran
s’endort dans les sacs du souk aux épices.
Leur empire est un atlas de parfums tranchants,
de figues pourries, de laine et d’artifices.
Elles traversent les djellabas qui sèchent
sans un bruit, telles des lettres d’un livre oublié.
Le Maroc des hommes bruite de ses mots frais,
le Maroc des rats s’écrit à l’envers des lièges.
Une nuit, j’en vis une au bord d’une fontaine
laver ses moustaches dans l’eau des jasmins.
Autour d’elle, la médina, patine ancienne,
retint son souffle pour ne pas rompre le lien.
Et je compris que ce peuple aux pattes frêles
n’est pas voleur, mais veilleur de recoins.
Il tisse avec le temps des ficelles éternelles
et connaît, mieux que nous, les secrets des carreaux.
Ainsi va le Maroc : double, discret, vivant.
Les rats en sont l’encre, les hommes l’ivresse.
Et sous les plafonds de cèdre et de néant,
les uns rêvent de pain, les autres de tendresse.
Écrit par : Badr Alaoui Mrani @@ 🐦