Six années s’effondrent en un seul instant, balayées par le silence et l’âpreté d’un adieu qu’on n’attendait plus. On ne défait pas six ans de vie commune sans laisser une part de soi dans les fondations d’un monde qu’on croyait indestructible. Pourtant, c’est bien la question qui brûle les lèvres et déchire le cœur : pourquoi as-tu changé ? L’autre s’est métamorphosé en un étranger aux yeux froids, loin de celui ou celle qui tenait la main au début du chemin. Ce silence glacial et cette incapacité à se regarder en face trahissent une immense lâcheté, une incapacité à affronter le poids des souvenirs qu’on enterre à la hâte. Dans cette rupture, c’est l’égoïsme le plus pur qui triomphe. Choisir de partir sans un regard en arrière, c’est piétiner le passé commun pour ne préserver que son propre confort futur, quitte à laisser l’autre panser seul ses plaies. Penser à soi après si longtemps relève d’une cruauté tranquille, celle de briser l’édifice patiemment construit pour s’enfuir avec les morceaux. Pourtant, au milieu de cette amertume, il reste la certitude d’avoir aimé sincèrement, pleinement, sans tricher. Cette fidélité à soi-même est la seule lueur dans la nuit de la trahison. La page se tourne, non sans douleur, mais avec la promesse qu’un jour, le vide laissé par cet égoïsme sera enfin rempli par la paix retrouvée.
Par. L’Aigle du texas