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Poésie

Le figuier du roc nu

Sous l’aube ocre et froide où le muezzin sombre,
Il noue sa cravate, armure contre l’ombre,
Et frôle les murs nus de la cité sans nom,
Où le vent sec écorche un soleil de plomb.

Quarante ans de sueur sur un front qui se creuse,
Ses doigts, durs de labeur, ne tiennent plus la gueuse ;
Son ombre sur le bitume est un vieux talisman
Qui mendie à l’azur un billet pour l’emban.

Autour, les champs de sel et les plaines d’argile
Portent comme un linceul la chaleur inutile.
L’usine au toit de tôle a verrouillé ses flancs,
Et l’horizon se tait, sourd à ses pas tremblants.

Il compte les secondes au balancier des fièvres,
L’attente est un trou noir qui dévore les lèvres.
Chaque refus poli, chaque “reprenez demain”,
Est un couteau de crasse enfoncé dans sa main.

L’administration dort sous des plafonds de chaux,
Ses sceaux de cire rouge ont scellé son sursaut.
On lui vole son âge, on rature sa vaillance,
On le pare d’un chiffre au fond d’une sentence.

Le soleil à son zénith frappe les pierres blanches,
Il voit dans les chardons des barques sur les planches,
Des mâts de liberté qui fuient vers le détroit,
Mais l’exil est un leurre et son cœur reste étroit.

Alors, il rentre. Las. La ville sans écluse
Lui renvoie en miroir sa détresse confuse.
Son gamin dort ; sa femme, aux paupières de jais,
Tisse en silence un rêve où il ne tombe jamais.

Il pose son front lourd sur la table d’étain,
Et boit l’âcre poison d’un passé qui s’éteint.
Ce soir, il est encore cet homme de naguère
Qui porte le fardeau sans fléchir sous la terre,

Mais les monts alentour, de leur crête faussée,
Gardent le souvenir d’une force épuisée.
Et lui, tel un figuier rongé par le roc nu,
Pousse ses bras noueux vers un ciel ingénu.

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