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Marche Blanche, (ou, peut-on changer les choses dans l’isoloir)

Je vois sur l’esplanade, revêtue du masque de l’amertume,

sous un ciel de circonstance, une foule qui partiellement vêtue de blanc,

s’apprête à dérouler ses pans de réconfort, au défilé du souvenir.

 

Pendant que les rangs se resserrent les émotions sont contenues,

les anonymes écoulent de l’humilité sur un lit de courtoisie,

les leaders invitent au départ l’assemblée qui s’alanguit,

les conciliabules s’étouffent quand le défilé s’ébranle,

et au tombant du chemin de croix, les sanglots se feutrent

quand les civilités de compassion reprennent.

 

Alors que se dressent, blanches d’innocence et de détresse,

les pancartes de l’impuissance,

la procession, avec ses larmes, ses affres et son émoi,

arrive sur le lieu de la souffrance les étendards en berne

pour conjurer le sort,

et dans le recueillement pour adoucir l’horreur,

une mise en scène est dépliée sur le théâtre de la fatalité :

les gris-gris sont là ;

 

les peluches bigarrées de différentes candeurs,

des fleurs fatiguées qui fanent sur les murets,

des fleurs qui s’étiolent dans des mains moites,

les ballons du regret gonflés de sanglots,

les bougies pour la grâce et l’exutoire,

des dessins mouillés de larmes qui se plissent,

des photos mouillées de larmes qui se cornent,

et griffonnés sur des feuillets, les mots qui apaisent les maux.

Reliques du dérisoire qui fait sourire la violence.

 

Après le rituel et ses élans, la cérémonie s’achève,

quelques fleurs sont encore posées sur l’effigie,

les larmes s’assèchent, les rangs se clairsèment,

le solidaire a dilué les peines mais le monde reste inchangé,

on s’éparpille et la résignation remplace l’indignation,

le fond du problème est ignoré, l’irréparable est toujours là.

 

Et c’est ainsi que j’ai vu en quittant le cortège

la signature de détresse que ces pas désabusés ont laissés sur le bitume,

et l’on devine en filigramme que d’autres pas

marqueront encore les chaussées du désespoir,

tant que les fétides affranchis entrecroiseront nos chemins.

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