Bulle Et Coquille II
Je suis dans ta bulle
Tu es dans ma coquille
Chacun chez l’autre
Bien à l’abri
Attentionnée, tu replâtres mes fêlures
Attentif, je rebouche tes fuites
Ainsi allons-nous, sœur et frère d’âme
Ainsi glissons-nous en voisins indociles
De tempêtes caressantes en coutures rapiécées par nos rires
Sous nos pas entêtés, la route semble moins râpeuse
Nos corps se frôlent parfois en de chastes égards
Nos cœurs, eux, ne se lâchent pas encore la main.
L’amour, cette amitié intolérante, n’a pas de place entre nous
On laisse à d’autres le fanatisme de la possession
l’exclusivité des appropriations
La jouissance de la chair versatile
Il suffit que nos esprits veillent de loin l’un sur l’autre pour sentir la quiétude
Aucune nécessité de proximité
Pas d’obligation de rapprochement ni de contact
Les ondes sensorielles emplissent les espaces
Et relient les âmes-sœurs bien au-delà des peaux
Tu es dans ma bulle
Je suis dans ta coquille
Ou nous nous retrouvons dehors en plein soleil.
Ni privilège, apanage ou jalousie
Une chose pourtant menace les ami-reux
Restés trop longtemps enfermés dans leurs « coquille/bulle » :
Qu’une bourrasque sournoise, habile, malfaisante
Les projette violemment l’une contre l’autre
Et le rebond complice arrachera les liens
dispersera les ondes en vidant les espaces
Puis jettera à l’oubli la poussière désunie.
Bulle Et Coquille III
Ainsi,
L’amitié s’est couverte de poussières comme s’ébrèchent les verres partagés ou se délassent les liens.
Ce n’est pas grave : seulement des âmes qui s’éloignent imperceptiblement, sans ressac, avec cette présence qui se dilue tout aussi doucement et mène à d’autres amarres.
Là, rien n’est grave.
Seules les âmes capturées, enfermées, dont on n’interroge pas le souhait, peuvent conduire à l’excédent. Au trop plein. Au surplus. Peut-être aussi à des intransigeances, des blessures. Mais nous, nous étions libres comme le vent ! Un souffle nous a rapproché, un autre s’insinue entre nous.
Jadis, j’avais acheté une jolie boîte en bois patiné où j’ajoutais au fil du temps mes souvenirs révolus, soigneusement délimités par autant de virgules. Comme des bouts d’histoires en suspension. C’est toi qui, à raison, m’a appris à poser des points-serrures lorsqu’on ne peut plus rien s’apporter.
Les clés de ce tombeau reposent au fond d’une rivière où je laisse, parfois, mes songes s’abreuver. Pas un ne m’assaillent de nostalgie, amertume ni regrets.
Ton absence n’existe pas. Tu ne me manques pas. La belle affaire lorsque tant d’âmes en chemin nous frôlent joyeusement et comme se serait présomptueux de ma part.
Nous ne sommes, l’une pour l’autre, qu’un vide désormais froid de ce que l’on a partagé.
Et le peu qu’on a partagé, c’est déjà ça. Parce que c’était là, vivant, et que ça reste posé dans un coin.