3h50

C’eĂ»t Ă©tĂ© bĂŞte de faire gonfler les statistiques des accidents de la route dus Ă  l’alcool. J’aurais pu Ă©viter cela en faisant une belle rencontre, qui m’aurait emmenĂ© dans un recoin du club, ou un petit studio parisien girly, mais je choisissais finalement l’option – la seule que j’avais – de dormir une petite heure dans ma voiture avant de rentrer chez moi, dans une bâtisse pas du tout girly.

Par 5 degrĂ©s, c’était une double-gifle pour quelqu’un qui espĂ©rait enfin approcher la petite fille oubliĂ©e, la jupe plissĂ©e queue de cheval, Ă  la sortie de l’UniversitĂ©. Cultivant sa raretĂ©, elle n’était Ă©videmment pas venue Ă  la fĂŞte qui suivait le cocktail, et je m’en Ă©tais remis aux consommations gratuites d’alcool que mon ami organisateur m’avait donnĂ© en douce.

Plus la soirĂ©e avançait, plus la salle se vidait, et plus des couples se formaient. C’était presque biologique. Mes yeux fatiguĂ©s discernaient des masses protĂ©iformes et discontinues qui se touchaient, se diffĂ©renciaient, s’agglutinaient, disparaissaient, jusqu’Ă  ne former plus qu’un. J’avais l’alcool joyeux, mais un ou deux non-lieux m’avaient vite dĂ©couragĂ©, ce qui m’avait transformĂ© en amorphe spectateur, assis sur le banc de touche.

Ich bin Solo, Ich bin Solo,
Ich bin Solo,
ScheiĂźegal!
Ich bin Solo, Ich bin Solo,
Ich bin Solo,
ScheiĂźegal!

J’aimais bien le banc de touche. C’est un endroit rassurant, duquel on peut juger, dĂ©cortiquer, analyser, baver. Et duquel il ne vous arrivera jamais rien de transcendant. Les risquophobes de mon espèce aimaient s’y retrouver pour jouer aux Ă©checs, loin des heureux imprĂ©vus. Jusqu’Ă  ce qu’une brunette au regard blasĂ© dĂ©cide de s’asseoir Ă  cĂ´tĂ© de moi, un verre Ă  la main. A peine une phrase Ă©changĂ©e, et je vis son groupe d’amies arriver Ă  sa rescousse, la prenant par le bras pour l’emmener sur la piste.

« Si je t’avais croisĂ© en soirĂ©e, tu m’aurais plu, et je te l’aurais montrĂ© ! ». Cette phrase que j’avais entendue plusieurs fois par le passĂ© rĂ©sonnait dans mon cortex dĂ©jĂ  amochĂ© par l’épreuve du temps, et la peur de l’échec. Celle qui vous rend fĂ©brile, et vous pousse Ă  rĂ©colter toute validation sociale jusqu’Ă  vous amener lĂ  oĂą vous ne vouliez pas aller. Vers l’évidence.

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