(Une fable librement adaptée de « Le corbeau et le renard » de Jean de la Fontaine.)
Dans son palais, le Président sur une estrade perché,
Portait un masque brodé d’or sur le visage.
L’Aigrefin, par le métal précieux intéressé,
Lui tint à peu près ce langage :
— Hé ! Bonjour, Monsieur le Président.
Que vous êtes joli !
Que vous me semblez charmant !
Sans mentir, si votre visage dissimulé
Se rapporte à votre habit de majesté,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ce palais.
À ces mots le Président ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer son beau et noble minois,
Il ôte nerveusement son masque et le laisse choir.
L’Aigrefin s’en saisit, et dit :
— Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
cette leçon vaut bien un peu d’or, sans doute.
Le Président, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.
Gilles Heuline (Grimaud)
Crédits photo : Annillart