Nuit d’hiver
Dehors très fort il neigera ;
Les flocons tombant sur l’ardoise
Auront fait fuir à petits pas
Les chats espions d’heures d’extase.
Nous serons tous deux sur le lit :
Deux âmes et corps de passage,
À l’abri du froid de la nuit,
Désireux de n’être pas sages.
Nous nous glisserons sous le pont
Formé par les draps, sous la tente.
Les bois du sommier craqueront
Comme font les bûches ardentes.
Et sous ce petit chapiteau
(Comme j’en faisais en enfance)
Un spectacle aura lieu – si beau –
Que déjà j’en rêve à l’avance.
Le sommeil nous viendra fort tard ;
Dormant dans les bras l’un de l’autre,
Nous aurons honoré Ronsard,
Nous aurons été ses apôtres.
J’aurai vu passer dans ces yeux,
Où luit dans l’iris une étoile,
Un regard ô combien radieux,
Soleil dans la nuit hivernale.
Philippe Mellouet
10 septembre 1983