Alphabet décousu :
L’hommage même agonise, rit à gorge déployée ; maudit soit l’amour nu qui se mêle à mes pages ! J’organise mes dires comme on rythme un banquet, ravi de libérer ma dague de son fourreau. Je suis las d’espérer, mais je me plais à peindre des tonnes de toiles diverses, vivaces et animées. J’ai mis l’adresse en route et je malmène ces lettres, je me fais messager de nos déroutes terrestres. J’ai scellé avec l’air un pacte rarissime, qui marie mes vers sages à ses vents maritimes. Je dialogue avec l’ère comme on parle au vivant, vivifiant l’éternel d’une verve arrogante. J’avance en diagonale parmi d’obscures colonnes, et mon cœur se conforte de n’être jamais conforme. J’attends tout de même qu’on forme un cortège de sons fermes, qu’enfin l’orchestre s’affirme dans son ordre aérien. Je ne renonce à rien, mais je fonde des tableaux où l’intime côtoie des oiseaux effondrés. Je veux répondre aux rimes par des récits torrides, montrer aux tentatrices qu’un mot domine le monde. Je veux tapir l’emphase sous un saphir joyeux, ensevelir ma lampe sous une montagne de sable : je veux l’immensité réduite à un soupir, je veux l’écrit candide mué en antidote…