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Poésie

Cahier du Mexique – 04/03/2026

Je ne saurai qualifier avec exactitude mon état, quand bien même je le sais extrêmement piteux et délabré. Toutes les forces qui auraient pu m’habiter encore hier ont décidé aujourd’hui de s’exiler par elle-même de chaque recoins de mon corps, le laissant à demi-inerte, mu uniquement par la contrainte sociale et la peur. Je vis ce matin dans un corps sans désir. Mais l’effondrement moral qui est le mien ne m’attriste pas, bien au contraire si je suis tout à fait sincère. Déjà parce que j’ai le sentiment qu’il est le mien en propre tandis que je commence à considérer le bonheur comme la plus étendu des universalités humaines. C’est qu’ils semblent tous heureux en même temps et de la même façon que je puis l’être et je crois que cela me dégoute. Alors la connerie et l’élitisme suffisent à me détourner de ce chemin. Ce matin alors que je me persuadais que ma foi devait avoir rejeté le bonheur comme je le considère au sens commun (on notera qu’on ne m’a pas demandé mon avis quant à cette expulsion), j’ai croisé ma colocataire. L’interaction a duré à peine plus de 10 secondes mais déjà le fait de parler et voir un autre être humain avait terni, comme dissimulé sous un voile léger, mon sublime malheur. Il s’est caché, peut être par pudeur, peut être par honte. Comme je l’ai mentionné il est surement la seule chose que j’ai en moi et en propre, en l’exposant au regard extérieur je trahis déjà sa nature et le lien d’intimité qui s’était établi entre ce « non désir » et mon être. Je crois que je comprend enfin pourquoi je me veux si seul.

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