En 1816, Mary Shelley qui avait 19 ans souleva le défis du Lord Byron, écrire une histoire d’horreur. Dans la préface à son roman «Frankenstein ou le Prométhée moderne» pour l’édition de 1831, elle écrivit que l’idée du roman lui était venue après la discussion entre Lord Byron et son mari Percy Shelley sur le secret de la naissance de la vie, la possibilité de dévoiler ce secret et de l’utiliser. Mary n’avait pas participé à la discussion, elle était «l’auditrice assidue», d’après ses dires. La nuit vint. La jeune femme émotive plongea dans le sommeil; elle fit un songe très réel où elle vit une créature créée par «un adepte pâle des sciences occultes». Cette créature devint vivante.
«J’ai vu comme cette créature dégueulasse était allongée d’abord sans bouger, puis soumise à une force quelconque, montra des signes de vie et bougea maladroitement. Ce spectacle fut horrible puisque rien ne peut être plus effrayant que les tentatives de l’humain à égaler les œuvres inégalables du Créateur. Le maître est effrayé par son propre succès et fuit sa créature».
Le premier «robot bio» apparut. D’abord sur le papier. La créature inventée par l’imagination de la jeune femme fut si véridique et effrayante qu’après deux siècles et demi son image continue à hanter les humains. L’auteur (l’autrice, je n’aime pas ce mot) avait doté ce monstre des émotions propre aux gens. Le rôle du Créateur est une tentation pour les gens créatifs. Mais entre créer des images et prétendre à créer un être vivant, la sosie de l’humain, il y a une différence. La question du pouvoir sans bornes de l’intelligence humaine à l’époque des Lumières sous l’influence des philosophes français: Voltaire, Diderot, d’Alembert… était au coeur des débats du nombre de penseurs. Les règles de la société encadrée par la morale religieuse rigoureuse dans certains cas devinrent plus flexibles et quelques fois disparurent.
Longtemps le conte sur Frankenstein resta une invention de la femme émotive.
Le XXI siècle arriva. Le monstre créé par Frankenstein, s’évada du subconscient des Victors Frankenstein modernes. L’intelligence humaine créa l’intelligence artificielle. La tâche des ingénieurs , leur idée, comme d’ailleurs toute nouveauté technique, fut présentée comme le cheminement du progrès technique. «Tout est pour l’homme, pour le bien de l’homme». La révolution industrielle libéra l’homme du travail monotone et lourd par le biais de nouvelles machines inventées, ainsi l’IA est sensé de libérer les gens de la collecte et de l’analyse d’un système d’information accumulée pendant les siècles de l’histoire humaine.
Y a-t-il à redire?
Rien sauf un détail. L’IA lentement (à vrai dire pas si lentement) mais assurément accapare l’activité humaine. Le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook dans son film de 2025 «Aucun autre choix» montre d’une manière grotesque le rôle de l’IA dans la société moderne. Le remplacement des ouvriers, des gens vivants par les robots gérés par l’IA, transforme le protagoniste en tueur en série, qui tue méthodiquement les candidats à un emploi unique vacant. La vérité choquante réside dans le fait que le tueur n’est pas un maniaque pathologique, à l’instar de Jeffrey Epstein, au contraire il est un bon père de famille qui rêve de préserver son «mode de vie idéale», sa famille, sa position financière.
La question: où est le rôle de l’IA? La situation semblable peut surgir lors de n’importe quelle «optimisation du business», quand les propriétaires de la société voudraient diminuer les dépenses. La réponse: dans le développement spectaculaire de l’IA et l’absence du cadre législatif correct qui pourrait limiter son emploi par les tâches techniques, et défendre à l’IA de faire des conclusions et de prendre des décisions (en fait cette pratique existe déjà, dans la guerre contre les Palestiniens, l’Israël avait utilisé l’IA pour bombarder Gaza, il ya des preuves irréfutables de cette pratique). Le monstre artificiel créé par l’homme a toutes les qualités pour asservir son créateur. Les ingénieurs de l’IA n’excluent pas l’éventualité de l’évolution autonome de l’intelligence de leur invention.
Geoffrey Hinton – l’un des inventeurs de l’IA se permit de s’exprimer librement sur ce sujet après son départ de Google. Il prévient que le développement démesuré de l’IA peut être la cause des conséquences imprévisibles et irréversibles, jusqu’à la menace de l’extinction de la race humaine dans les 10 ans à venir. D’après lui la probabilité d’un tel scénario est de 20%. A mon avis, c’est grave.
Un phénomène étonnant se produit avec les personnages de Mary Shelley. Dans le roman, Frankenstein c’est le nom de famille du créateur du monstre, Victor Frankenstein. Le monstre lui -même n’a pas de nom. On l’appelle le plus souvent Démon. Avec le temps on commença à appeler le monstre par le nom de famille de son inventeur, Frankenstein. Je vais profiter de ce phénomène. Il est hors de question de prétendre que Frankenstein moderne inanimé serait soumis à des remords. L’IA est privé d’émotions, contrairement à Frankenstein de Mary Shelley. L’IA se divertira par des moyens disponibles pour lui. Elle jouera aux jeux mortels avec l’humain. L’IA peut générer et envoyer des images (photos) dénudées des utilisateurs des réseaux sociaux à leurs parents et amis; écrire des textes fous sous le nom d’un humain, créer des clips insensés et des deep fake. C’est un divertissement préféré de l’IA. Distinguer la fausse information générée par l’IA de la vraie devient de plus en plus difficile. La surveillance totale des gens n’est plus la fantaisie d’Orwell, c’est notre réalité quotidienne. Je n’arrive pas à me défaire de la pensée sur l’aspiration peut être inconsciente des créateurs de l’IA d’anéantir une partie de la race humaine, suite au manque des ressources de la Terre. Ils n’avaient pas inclus eux- mêmes dans cette liste de ceux qui allaient disparaître. Il ne prirent pas en considération le fait que si Frankenstein artificiel s’empare du pouvoir sur le monde, le destin peu enviable les attend, ainsi que les autres. Le meilleur cas c’est la servitude. Le pire c’est la mort. Il n’est pas évident quel destin est meilleur.
Le tableau aussi tragique me tracasse suite au balancement de la société moderne humaine à la lisière de la catastrophe globale. L’horloge d’Apocalypse nous laisse à peine quelques minutes à vivre. Se débarrasser de Frankenstein artificiel moderne est impossible. Alors il faudrait mettre des limites à son activité débridée le plus vite possible par les nouvelles lois concernant son fonctionnement et utilisation.
Epargner les métiers créatifs de son influence malsaine. Attribuer lui le rôle d’un outil technique. Et rendre à l’homme sa qualité primordiale – la capacité de réfléchir et prendre des décisions par lui même.