Je t’ai vue, tu sais
Je t’ai vue, tu sais.
Ne crois pas que ton silence
soit un voile assez épais
pour tromper mon regard.
Je l’ai sentie,
cette manière qu’a ton souffle
de se suspendre
quand ma main frôle la tienne par hasard.
Je l’ai vue,
cette lumière fragile
que tu t’efforces d’éteindre
dès que je parle de lui.
Tu m’aimes
avec une délicatesse
qui me brise un peu.
Et je voudrais —
Dieu que je voudrais —
te rendre ce feu
sans mentir à mon propre cœur.
Mais mon désir
a la voix grave d’un homme,
la courbe d’une épaule
qui n’est pas la tienne,
la chaleur d’un torse
où je pose mes nuits.
Ce n’est pas un choix contre toi.
Ce n’est pas un refus de ta beauté,
ni de ta douceur immense.
C’est une vérité
plus ancienne que nous deux,
gravée dans mes veines
comme une évidence.
Je te dois la clarté
même si elle te blesse.
Car je t’aime aussi —
mais d’un amour
qui n’a pas de corps,
pas de fièvre,
pas de cette urgence
qui renverse le monde.
Je t’aime
comme on aime une âme sœur
que le destin a placée
de l’autre côté du miroir.
Et si je détourne parfois les yeux,
ce n’est pas indifférence —
c’est pudeur.
La peur de voir,
dans le fond des tiens,
tout ce que je ne pourrai jamais te donner.
Pardonne-moi
d’être l’homme que je suis.
Pardonne à mon cœur
de battre autrement.
Sache seulement ceci :
si je ne peux être ton amour,
je serai toujours
celui qui a reconnu
la beauté du tien.
Y . S . B
Image de présentation : dessin personnel