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Chronicle

Juste un bain et des larmes

Je suis dans mon bain. Non pas le mien, le sien.

Je suis dans ce bain et je pleure.

Je ne comprends pas ses constantes contradictions, je ne comprends plus rien, il n’y a rien à comprendre. La seule chose que je comprends c’est qu’il ne m’aime pas. Que sa présence dans mon quotidien me rassure, me rend heureuse et me donne envie d’aimer et d’être aimé mais que ma présence dans son quotidien est une nuisance. Qu’il veut que je parte. Que dorénavant, mon amour ne l’atteint plus. Que mes mots, mon touché et ma douleur le laisse insensible. Que je suis maintenant seule à le désirer. Qu’il ne me dit plus je t’aime depuis des semaines et qu’il n’y a plus d’amour dans ses yeux quand il me regarde. Que malgré qu’il m’ait affirmé le contraire durant des mois, il aime toujours son ex. Qu’il dit vouloir se concentrer sur ce qui le nourri et que je ne fais pas parti de ces choses. Qu’il n’a pas besoin de moi. Que les sentiments que j’ai pour lui ne sont pas réciproques et ne l’ont probablement jamais été. Que j’ai toujours été seule à essayer de trouver des solutions quand nous avions un problème alors que lui ne trouvait toujours que des raisons de s’éloigner de moi. Qu’il ne s’est jamais battu pour nous. Que je n’ai jamais eu autant d’importance pour lui qu’il peut en avoir pour moi. Qu’il ne m’a jamais choisi.

La seule chose que je sais c’est que je dois partir d’ici au plus vite mais je n’ai nulle part où aller. Les personnes avec qui j’étais supposé me trouver un logement changent constamment de plans. Je ne sais plus s’ils veulent encore de moi ou s’ils veulent rester tous les deux. J’ai regardé quelques appartements et chambres mais sans coloc à quoi bon? Les appartements sont trop cher pour moi seule et les chambres ou colocations ne collent jamais avec mes besoins. Je ne sais pas, je ne sais plus, j’ai arrêté je n’en ai plus la force.

Je n’ai plus aucune combativité, aucune force, aucune attente, aucune envie, aucun espoir, aucun rêve. La seule chose qu’il me reste c’est le vide.

Je ne sais pas depuis combien de temps je suis dans ce bain, 10 minutes? 20 minutes? Une demi-heure? 45 minutes? 50 minutes? Une heure?

Aucune idée, je ne sais plus rien. Mon monde vient de s’écrouler. Une fois de plus.

Je sens la douleur dans ma hanche, je sens ma tête qui m’élance d’avoir trop fumé et trop pleuré mais à l’intérieur, je ne ressens plus rien. Je ne sens plus la peur, plus la colère, plus l’espoir, plus la rancune, plus la honte, plus l’amour, plus l’envie, plus la joie, plus le bonheur ni cette douleur vive dans mon sternum qui surgi quand mon cœur est brisé. Il a été brisé trop de fois en trop peu de temps.

Pourtant je pleure encore.

Je dois partir car il ne veut plus de moi ici, je ne suis plus la bienvenue, ma présence est un problème. Et chaque jour de plus passé dans cette maison avec lui et ses enfants, chaque moment passé à ses côtés, chaque joie, chaque rire partagé, chaque moment de bonheur, chaque sentiment que mon quotidien ici me procure, chaque projet que nous avions ensemble et qui se feront désormais sans moi, est un douloureux rappel de tout ce que je vais perdre, d’un rêve qui meurt. Chaque cycle d’espoir et de désillusion, chaque élan d’amour et de désir non partagé, chaque envie de proximité inatteignable, chaque fois que je vois à quel point ma présence dans sa vie n’a aucune importance, chaque geste de distance, chaque fois que mes sentiments sont ignorés, chaque fois que je le vois rire alors que j’ai envie de pleurer, mon cœur meurt un peu plus. Je suis en train de me détruire et de m’éteindre.

Je voudrais tout vendre et partir loin. Repartir sur la route comme quand j’étais plus jeune, rouler sans destination. Non pas sur la route, dans les bois. Loin de tout et de tout le monde. Juste me trouver une cabane perdue dans la nature et vivre sans obligation, sans penser à rien. Juste aller à mon rythme, au jour le jour, une chose à la fois et tout oublier.

Non je ne serais pas plus heureuse, la vie ne sera pas plus facile, je serais seule, encore une fois et ce n’est pas ce dont j’ai besoin. Ce dont j’ai besoin c’est d’amour et de vrais amis, pas de cette solitude qui me colle à la peau depuis trop longtemps. De plus, même si je le voulais, je ne peux pas me le permettre.

Mais plus rien ne m’importe, la seule chose dont j’ai envie c’est de me terrer quelque part dans un trou, me coucher en boule et m’endormir pour ne plus me réveiller.

J’ai faim et l’eau refroidie mais je n’ai pas la force de sortir de ce bain ni de me faire à manger. Je me remets à pleurer.

Je dois partir mais où et comment? Je n’arrive même pas à sortir de ce bain.

Et puis à quoi bon?

Quand j’essaie de m’imaginer un futur, tous ce que j’arrive à apercevoir c’est moi, seule, dans un appartement vide, sans vie et sans couleur, peinant à effectuer les gestes quotidiens nécessaires pour passer à travers une simple journée.

L’envie de vivre m’as quitté, plus rien n’a de sens, je n’ai plus la force de me battre, plus la force de me projeter, plus la force de rêver, plus la force d’espérer, plus la force de croire, plus la force de ressentir, plus la force de prendre soin de moi. Je voudrais mourir mais je n’ai pas la force de me tuer. Je voudrais juste que tout s’arrête. Je ne veux plus rien, plus rien. Je voudrais pouvoir disparaître, me coucher dans un trou quelque part et dormir jusqu’à ce que tout disparaisse. J’ai déjà tellement pleuré que je croyais ne plus en avoir la force, pourtant je pleure encore.

Apparemment, c’est la seule chose que je suis encore capable de faire. Alors je continue de pleurer pendant que mon esprit se perd dans le néant. Dans ma tête des mots se forment, j’ai besoin d’aide. Mais je n’ai pas plus la force d’en demander et de toute manière, je ne vois pas à qui je pourrais demander. Il est la seule personne de qui je suis proche dans cette ville et c’est lui la cause de mon état actuel, de ma déchéance. Même si je lui demandais de l’aide, il ne saurait pas comment m’aider. Il n’a jamais su. Il sait seulement me donner l’espoir d’en recevoir. Il sait seulement me donner une quantité infime de présence et d’amour pour ensuite partir en me laissant seule avec un manque encore plus grand. Seule avec le besoin et l’envie de plus. Seule avec le sentiment de ne pas avoir droit à plus. Seule avec ce manque d’amour, la douleur, la peur, l’incertitude, l’incompréhension et aucune direction. Seule quand je suis perdu. Seule avec le vide. Seule quand je n’arrive plus à voir devant moi. Seule quand tout ce dont j’ai besoin c’est de son amour.

Et puis, qui à envie de voir quelqu’un dans cet état? Je fais pitié à voir, je n’ai pas envie que quelqu’un ait une image aussi repoussante de moi. En même temps, plus rien ne m’importe.

J’ai mal à la tête et l’eau refroidie, je devrais me moucher, me laver le visage et sortir de ce bain mais je n’en ai pas la force donc je continue de pleurer.

Ils viennent de rentrer. Je vais devoir sortir à un moment donné car il n’y a qu’une salle de bain, mais je ne peux pas. Je n’ai pas la force de voir les enfants, pas la force de le voir, pas la force de voir la maison, pas la force de faire face aux sentiments que tout ça me procure, pas la force de faire semblant ou de me retenir de pleurer, pas la force de franchir cette porte. Mon cœur n’a plus la force de ressentir. Je pleure encore.

Je les entends parler, je l’entends passer l’aspirateur. Je n’ai aucun espoir et aucune attente qu’il vienne me voir et qu’il m’aide. De toute manière je n’ai pas envie qu’il me voie dans cet état, il me trouverait seulement encore plus repoussante ou pathétique. Mais à quoi bon m’en soucier, de tout manière il ne veut pas de moi. Qu’il me voit, qu’il ne me voit pas on s’en fou, plus rien n’a d’importance.

Je suis fatigué et totalement perdu, mon esprit saute d’une pensée à une autre dans l’incompréhension et le chaos totale, sans solution, sans direction, sans réponse. J’ai besoin d’aide! Que quelqu’un m’aide à sortir de ce bain, me prenne dans ses bras et prenne soin de moi, me dise que tout va bien aller, me dise quoi faire et m’accompagne pour la suite. Je ne suis plus que l’ombre de moi-même. J’essaie d’avoir assez de volonté pour faire un geste quelconque en direction de la sortie de ce bain mais je n’ai plus aucune volonté. Je ne fais qu’arrêter de pleurer de cours instants, en fixant le vide, pour ensuite repartir de plus belle.

Il rentre dans la salle de bain et me dit qu’un des enfants à besoin d’aller aux toilettes. J’essais de fermer le rideau avant qu’il ne me voie dans cet état mais je n’ai pas la force de me lever alors le rideau a du mal à glisser et ne se ferme pas. Je détourne le regard et croise les mains sur mes seins mais il m’a vu. Il ferme le rideau et son garçon rentre pour utiliser la toilette. Il sort pour lui laisser son intimité. Je ne dis rien, je me remets à pleurer en silence.

Le garçon fini ses besoins et s’en va. Le rideau reste fermé et moi je continue toujours de pleurer, les mains croisées sur mes seins, l’esprit en vrac. Je ne m’attends pas à ce qu’il revienne mais après un petit moment, il revient et s’accroupi à côté du bain, là où est ma tête. Je le regarde du coin de l’œil, puis je détourne le regard dans la direction opposée, tentant de cacher un minimum mon visage toujours en pleure.

Après un respire il me dit :

-Ça ne va pas en?

Ma crise de larmes s’accentue.

Il pose sa main sur mon épaule un moment puis soupir et me dit :

-Je ne veux pas te laisser seule comme ça…

Il y a un moment de silence, je ne le regarde toujours pas et je ne dis rien, j’en suis incapable. Mes pleures continuent. Aucune phrase ne se forme dans ma tête, c’est le chaos et le néant en même temps. La volonté reste absente, je n’ai pas la force de le regarder, plus la force d’espérer quoi que ce soit de sa part, ni celle de faire un geste vers lui, pas la force non plus de chercher à me protéger. Alors je reste là sans rien dire. Mes yeux se balance de gauche à droite comme si mon esprit cherchait comment agir, quoi penser ou quoi ressentir. Mon esprit ne sait plus comment réagir, quoi penser ou quoi ressentir face à lui. Qu’est-ce qu’on est sensé faire quand la personne qui nous fait souffrir est aussi notre seule source d’amour? Qu’est-ce qu’on est sensé faire quand on aime quelqu’un qui nous brise constamment le cœur ? Qu’est-ce qu’on est sensé faire quand on est détruite et complètement perdu et que la seule personne à pouvoir nous réconforter est aussi la personne qui nous fait souffrir?

Il retire sa main un instant puis il la remet sur mon épaule.

À ce moment-là, c’est léger mais je sens son énergie, cette énergie qui m’aidait à m’encrer et à m’apaiser quand il me prenait dans ses bras. Mes larmes continuent de couleur un moment puis je réussi à passer ma main avec de l’eau sur mon visage. Je mets ensuite un doigt de chaque côté de l’arrête de mon nez et commence à prendre de profondes respirations pour essayer de me calmer et d’arrêter de pleurer.

Il retire sa main et dit :

-Je ne sais pas quoi dire…

-Moi non plus…

Il se lève, ouvre doucement le rideau et se raccroupi face à moi pour pouvoir me regarder en face. Je détourne le regard. Il met sa main dans l’eau puis me demande d’une voix douce:

-Ça fait longtemps que tu pleures comme ça dans le bain?

-Oui, je ne sais pas, je ne sais plus…

Les larmes se remettent à couler sur mes joues.

-Okay, je suis désolé. Viens.

Il met une main derrière mon dos et de son autre main, prend ma main  pour m’aider à me lever et sortir du bain. Mes pleures se calment. Ensuite, il prend une serviette et me sèche avant de m’envelopper dedans. Après quoi il me conduit jusque dans ma chambre et me tend mon pyjama. Je l’enfile en grimaçant car ma hanche me fait toujours souffrir.

-Tu as encore mal au dos?

Je fais non de la tête et lui montre où j’ai mal.

-D’accord, veux-tu que je te mette de la pommade et que je te masse?

-Oui s’il te plait, j’ai vraiment mal.

-D’accord, alonge toi.

Il me masse pendant quelques minutes avec la pommade puis, il va se laver les mains. Ensuite, il me rejoint dans le lit et me prend dans ses bras. Ma tête couchée sur son torse, un de ses bras autour de mes épaules et l’autre autour de ma taille. Je me remets à pleurer alors il me serre plus fort dans ses bras et me dit :

-Je suis désolé. Je t’aime. Ça va bien aller. J’ai fait le con alors j’te laisserai pas te débrouiller avec ça toute seule. Je suis là, pour l’instant repose toi et demain on verra ce qu’on peut faire.

Il continue de me serrer dans ses bras et de me parler pour me réconforter. Puis il essui mes larmes, me donne un baisers sur le front et me flatte les cheveux jusqu’à ce que je me calme et que je m’endorme.

 

Ça, c’est ce qui se serait passé si ce texte était tiré d’une fiction. Mais on sait tous que dans la vraie vie, ça ne se passe jamais comme ça…

 

Il retire sa main un instant puis il la remet sur mon épaule.

À ce moment-là, c’est léger mais je sens son énergie, cette énergie qui m’aidait à m’encrer et à m’apaiser quand il me prenait dans ses bras. Mes larmes continuent de couleur un moment puis je réussi à passer ma main avec de l’eau sur mon visage. Je mets ensuite un doigt de chaque côté de l’arrête de mon nez et commence à prendre de profondes respirations pour essayer de me calmer et d’arrêter de pleurer.

Il retire sa main et dit :

-Je ne sais pas quoi dire…

-Moi non plus…

Ce sont les seuls mots qui sortent de ma bouche. J’ose le regarder une fraction de seconde puis redétourne le regard. Un silence s’installe. Je fixe le vide. Il se lève et me demande :

-As-tu besoin de quelque chose?

Puis, en se dirigeant vers la porte, il ajoute sans me laisser le temps de répondre :

-Une tisane?

Je lui réponds un non faible puis lui dit qu’il faudrait que je sorte du bain car l’eau devient froide. Il me dit okay  puis il me demande autre chose mais je ne me rappel plus quoi.

Je lui réponds faiblement:

-Je ne sais pas, je ne sais plus rien…

-Quoi? T’es plus rien?

Qu’il me répond dans l’entrebâillement de la porte.

-Non, je ne sais plus rien…

Je ne sais plus s’il me répond encore par un okay  ou s’il dit autre chose mais ensuite, il s’en va.

L’entièreté de cet échange à du durée moins de 5 minutes.

Je suis toujours seule dans ce bain. Je reste figé là mais je ne suis pas surprise, je ne m’attendais à rien de sa part. Comme d’habitude il dit une chose pour ensuite faire exactement le contraire. Dire ne pas vouloir me laisser seule dans cet état pour ensuite partir.

Il fait comme il a toujours fait, courir d’une chose à l’autre, toujours trop occupé pour prendre le temps de s’arrêter assez longtemps pour me comprendre, pour entrer dans mon monde. Pour réellement se soucier de comment je me sens et de ce dont j’ai vraiment besoin, là maintenant. Toujours trop pressé de partir pour réellement me voir et m’entendre. Toujours trop accaparé par tout le reste pour avoir le temps de prendre soin de moi parce que je ne suis pas une priorité. Toujours à me donner le minimum en se disant que quelques mots ou quelques minutes devraient suffire à apaiser un cœur, qu’une adulte ne devrait pas avoir besoin de plus d’aide, plus de temps ou plus d’amour. Que l’arrêt momentané de mes pleures et une réponse de ma part sont suffisant et veulent forcément dire que je suis correct et que je devrais me débrouiller seule. Toujours à me faire la morale en me sortant des phrases toutes faites, comme quoi je devrais m’aimer moi-même et ne pas dépendre de choses ou de personnes extérieurs pour être heureuse, au lieu de m’aimer quand j’ai besoin d’amour. Toujours à agir comme si parce que lui, il est fort ou qu’il arrive à avoir le contrôle sur ses émotions, je devrais forcément en être capable moi aussi. Au lieu de comprendre et d’accepter nos différences et de prendre en compte que nos vies, nos situations et notre manière de vivre nos émotions puissent être différentes. Être forcé de se débrouiller seule parce qu’on à pas le choix ne veut pas dire bien aller ni être heureuse et encore moins se sentir aimé et épanoui. Ça veut seulement dire qu’on survie faute de mieux. Quand la personne que tu aimes et qui dit t’aimer te laisse seule dans tes pires moments, tout ce que tu apprends c’est que tu ne peux compter sur personne appart toi-même. Que tu ne peux pas recevoir d’aide et d’amour dans tes moments les plus vulnérables et qu’en demander ne va te causer que plus de souffrance. Ça, on me l’avait déjà bien assez appris dans ma vie mais avec lui, j’ai cru pouvoir le désapprendre. J’ai cru que pour une fois, je n’avais pas besoin d’être constamment forte, pas besoin de me protéger, que je pouvais compter sur quelqu’un et être vulnérable, que je pouvais vivre au lieu de survivre. J’ai cru que je pouvais avoir confiance, que pour une fois on ne me trahirait pas et ne m’abandonnerait pas. Que pour une fois, je pouvais aimer et être aimé. Que pour une fois, quelqu’un prendrait soin de mon cœur et m’aiderait à guérir au lieu de me briser davantage. Mais ce n’était qu’une illusion.  

Il faut que je me lave le visage et que je sorte de ce bain. Je fixe la bouteille de savon. J’entends la vie qui se déroule en dehors de cette salle de bain.

Je m’y attendais pourtant, une douleur se rajoute à mon vide intérieur. Je fixe le vide puis mes larmes reprennent avec plus d’intensité. J’ai besoin d’aide et d’amour mais personne ne m’en apportera. Je continue de pleurer toujours dépourvu de toute volonté pendant plusieurs minutes. J’entoure mon buste de mes bras et j’empoigne fort la chair de mes côtés, de mes hanches et de mes cuisses tour à tour jusqu’à sentir mes ongles s’y enfoncer. J’essaie de me contenir moi-même, de revenir dans mon corps, d’apaiser le tumulte incessant de désespoir qui m’engouffre mais les larmes ne veulent plus s’arrêter et mon esprit n’est toujours que chaos et néant.

L’eau est froide, j’ai mal à la tête, mon nez est bouché, depuis je ne sais plus combien de temps, je dois me moucher et sortir de ce bain. Pourtant la seule chose que je suis capable de faire c’est pleurer. Donc je continue.

Après plusieurs tentatives, mon mal de tête fini par avoir le dessus me forçant enfin à stopper mes pleures. Je me mouche à la bucheronne dans le bain, de toute manière je dois sortir alors on s’en fou. Puis je me lave le visage et sort lentement du bain, me concentrant seulement sur ce que je suis en train de faire, un geste à la fois puis sur la prochaine étape. Je ne sais pas quoi faire ensuite. J’ai mal à la tête alors je vais prendre un Tylenol. Il faudrait que je mange mais je n’en ai pas envie et je n’ai pas la force de trouver quoi manger. Je sors fumer une cigarette et je recommence à pleurer. J’essuis mes larmes à moitié puis je rentre et me dirige lentement vers ma chambre. Ma hanche me fait toujours souffrir et je n’ai plus aucune envie alors je retourne me coucher. J’alterne entre pensées négatives, pleures et vide de répit. La faim va et vient mais elle ne me dérange pas. Je ne vais pas manger, ça ne m’importe pas. Peut-être que je pourrais me laisser mourir de faim, juste m’éteindre tranquillement. Je n’y crois pas vraiment mais pour l’instant rien ne m’importe. Une phrase tourne en boucle dans ma tête. Après 8 mois de relation, il dit qu’il ne veut pas être avec moi car il n’est pas prêt et il a besoin d’être seule mais hier, il à dit que si sont ex revenait il finirait surement par la reprendre…

Les souvenirs et les contradictions s’enchainent dans ma tête. Même en me voyant complètement démolie il n’a pas l’élan de m’apporter son aide et son affection. Il ne m’aime pas, il ne m’a jamais aimé.

Puis il vient me demander si j’ai faim car il va faire à manger. Je ne réponds pas et je ne le regarde pas. Je ne veux pas le regarder, je ne veux pas manger, je ne veux pas lui parler. Pourquoi c’est quand je n’ai plus la force d’espérer sa présence qu’il vient me voir?

Après un silence il réitère sa demande et je fini par répondre que je ne sais pas. Il me dit qu’il va m’apporter un bol et le mettre sur ma table de chevet. Puis il s’en va.

Je me remets à pleurer. Je ne veux pas manger je veux juste qu’il me laisse mourir.

Après un certain temps il vient me porter un bol sur la table de chevet. Je regarde dans la direction opposée, je ne veux pas manger, je ne veux pas regarder ce qu’il a apporté.

Il s’en va.

Ça prend un moment avant que je jet un coup d’œil par curiosité. C’est un joli bol que je n’ai jamais vu, style asiatique avec un poisson dessus et un couvercle. Je le trouve beau et je me demande d’où il sort. Sur le coup, je me dis :

-Ha peut-être un cadeau de son ex!

Ou peut-être qu’il l’a acheté quand il est allé faire l’épicerie. Je ne sais pas et je m’en fou. Je redétourne le regard, je n’ai pas envie de manger, je veux juste dormir.

Il revient pour m’offrir des bonbons, les laisse à côté du bol et repart. Je n’en veux pas, je ne mangerai pas.

Mais il revient un peu plus tard parce qu’il à vu que je ne mangeais pas. D’abord il reste dans le cadre de la porte à me regarder, puis il entre dans la chambre et s’assis à côté de moi sur le lit. Il y a un moment de silence puis je regarde le bol :

-Il est beau le bol, il sort d’où?

-C’était ton cadeau de Noël… (cadeau qu’on ne s’est finalement pas échangé à cause de la rupture).

-Ah…moi je t’avais acheté un kit de rasage de qualité avec une lame à l’ancienne mais je l’ai renvoyé parce que j’avais besoin d’argent et je ne voulais plus te le donner… (Honnêtement la principale raison du pourquoi je ne lui ai pas donné, c’est que je ne voulais pas avoir payer pour qu’il soit encore plus beau pour une autre. Oui c’est puéril mais je m’en fou.)

-C’est pas grave.

Je ne me rappel pu du déroulement exact de la suite mais je fini par manger. Je passe le reste de la journée dans un état dépressif avec un affreux mal de hanche, couché dans mon lit à pleurer par intermittence. À un moment, des paroles de chansons de Jean Leloup, que j’écoutais il y a plusieurs années, surtout dans des moments de ma vie où je n’allais pas bien, me viennent en tête. Alors je les écoute puis j’explore les autres chansons que je n’avais jamais entendu de cet artiste. Ses chansons résonnent avec ce que je ressens et ça m’apaise légèrement.

Le lendemain je vais un peu mieux mais le pire c’est que quand je me réveille, je l’aime toujours. Je voudrais ne plus rien ressentir ou le détester mais je n’y arrive pas. Si au moins il était laid ou méchant, j’arriverais peut-être à me faire une image assez dégoutante de lui pour le mépriser. Mais j’en suis incapable, je ne peux qu’essayer de bloquer l’amour qu’il m’inspire et me respecter en restant le plus loin possible. Il n’est peut-être pas intentionnellement méchant mais la souffrance qu’il m’a causé en me faisant entrer dans sa vie, en me disant qu’il m’aimait et que je pouvais lui faire confiance, pour ensuite m’abandonné à répétition et me dire que finalement il n’est pas prêt à être en couple et que je dois partir, est réelle. La douleur de m’avoir offert l’amour, la sécurité, une famille et permise de respirer et de rêver à nouveau, pour ensuite me les enlever et me renvoyer d’où je venais est réelle. La trahison que je ressens face à ce qu’il m’a révélé par rapport à son ex est réelle. Il n’a jamais été digne de confiance et s’il m’avait réellement aimé, il n’aurait pas passé son temps à m’ignorer quand quelque chose ne va pas, il ne pourrait pas faire preuve d’un tel détachement à mon égard et ne supporterait pas de me laisser souffrir seule. S’il m’aimait réellement, il me le montrerait, il voudrait me rendre heureuse et ne voudrait pas me perdre.

Je mérite un homme qui est conscient de lui-même, qui sait ce qu’il veut, qui m’aime sans détour et qui me choisit. Un homme prêt à fournir des efforts et à se battre pour moi, pour nous. Rien de moins.

Je ne permettrai plus jamais à un homme d’avoir accès à moi s’il ne m’offre pas amour, dévouement, efforts, constance, clarté, certitude et sécurité. Je ne m’abaisserai plus jamais à essayer de prouver ma valeur à quelqu’un. Je ne laisserai plus jamais un homme me faire douter de ma valeur. Je ne courrai plus jamais après un homme. Je ne me contenterai plus jamais du minimum, mes besoins sont non négociables et je mérite d’être aimé entièrement et passionnément, pas juste à moitié. Je ne m’abaisserai plus jamais à quémander l’amour de quelqu’un ou à essayer d’expliquer à un homme comment m’aimer. Je ne laisserai plus jamais un homme me briser. Plus jamais je ne me manquerai de respect de la sorte.

Je ne le déteste pas mais je l’emmerde. Il peut aller se faire foutre!

À moins qu’il ne s’engage à regagner ma confiance et qu’il me prouve son amour et son dévouement, plus jamais il n’aura accès à moi.

C’est ce que je me dis car c’est la seule option pour regagner mon amour propre et me respecter. Pourtant une partie de moi n’arrive toujours pas à croire que tout est fini…

Une partie de moi n’arrive pas à croire que notre histoire n’était que du vent…

Une partie de moi continue l’autodestruction car penser au fait que bientôt, je ne partagerai plus son quotidien, qu’il ne fera plus parti de ma vie et que tout ça va disparaître à jamais de la mienne, me donne toujours envie de mourir…

Alors je fume cigarette sur cigarette et j’interagis le moins possible avec lui pour essayer de garder toutes émotions à distance, car je n’ai plus la force de ressentir, plus la force d’avoir mal…

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