La Rencontre – Chapitre 4

Il passe donc me prendre vers les 19h et emprunte des chemins campagnards et désertiques.

Nous arrivons √† destination : Faramans. Un lieu isol√©. La ferme de Marco, grande et somptueuse, est entour√©e d’un immense terrain au fond duquel se dresse une luxuriante for√™t. Il parque le coche dans la grange. Je m’appr√™te √† descendre mais il me stoppe.

– Attends.

Il contourne le v√©hicule, ouvre la porti√®re et m’invite dans son antre.

РTu vis vraiment éloigné de tout.

– J’aime etj’ai besoin de la tranquillit√©.

A l’int√©rieur tout est magistral. J’ai l’impression de traverser les fronti√®res du pass√© et de p√©n√©trer dans un ch√Ęteau m√©di√©val. D’innombrables tapisseries repr√©sentant des sc√®nes des si√®cles anciens ornent les murs. Le mobilier, royal, date environ du XVI√® si√®cle.

– C’est ravissant. Comment… ?

– Comment puis-je m’offrir tout ce luxe ?

Je le regarde sans rien dire, charmée par son sourire.

РCe domaine, meublé, appartient à ma famille depuis des siècles.

Tout en me fournissant quelques √©claircissements, il vient lentement vers moi et √īte mon manteau. Son souffle sur ma nuque… J’en frissonne et j’ai peur.

– Aujourd’hui, j’ai h√©rit√© de tout cela. Suis-moi

Il m’entra√ģne au salon. Une immense salle de banquet, aux murs fleuris de tableaux peints par des ma√ģtres de la Renaissance florentine du XV√® si√®cle, tels Donatello, Masaccio, Brunelleschi ou Alberti. Le plafond est garni de peintures v√©nitiennes domin√© par un colossal lustre de cristal. Au milieu de la pi√®ce, repose une majestueuse table seigneuriale, encadr√©e de si√®ges princiers de velours rouge. Des dizaines de bougies, pos√©es sur des chandeliers d’argent, plongent cette salle, issue d’une √©poque r√©volue, dans une atmosph√®re romanesque et intimiste. J’avance sur un sol de marbre cr√®me, illusoire et resplendissant de beaut√©. Je me sens comme une petite fille projet√©e dans un conte de f√©e. J’ai l’√©trange sentiment d’√™tre entr√©e dans un lieu √† la fois chim√©rique et passionnel.

Le d√ģner se d√©roule dans une ambiance conviviale, baign√©e par une douce musique en fond sonore provenant d’un gramophone qui berce mes tympans et apaise mon esprit. Nous parlons de tout. Mais comme √† son habitude, Marco se ferme d√®s que j’essaie d’aborder des sujets le concernant. C’est un homme insaisissable. Il est de ces princes charmants qui ne vivent que dans l’imaginaire des jeunes filles. Semblable √† un √™tre qui appartiendrait √† un autre temps, qui aurait travers√© des si√®cles et v√©cu de multiples exp√©riences. Il s’exprime de fa√ßon attrayante et ses gestes incarnent une galanterie qui a tendance √† se perdre de nos jours. Cela me pla√ģt et me s√©duit. Je me trouve face √† un homme qui n’existait que dans mes fantasmes mais que je savais avoir toujours connu. J’ai le sentiment de recouvrer un pass√© oubli√©, inond√© d’une intense passion que j’aurais √©prouv√©e.

Vers la fin du repas, Marco se l√®ve et me tend la main. Il m’invite √† danser. J’h√©site un bref instant avant de r√©pondre √† sa demande. Au contact de ses doigts, une agr√©able sensation de fra√ģcheur m’envahit aussit√īt, chassant toute l’angoisse qui subsistait en moi. Je deviens plus l√©g√®re que l’air, me d√©place avec agilit√© et finesse. Il est mes ailes et moi son corps. Il guide mes pas dans leurs progressions souples et chantantes. Je suis l’instrument de son ballet.

Je me blottis contre lui. A la mani√®re d’un enfant en qu√™te de chaleur maternelle. L’effervescence de sa pr√©sence m’enivre. Plus rien aux alentours n’existe pour moi. Il n’y a que Marco et sa danse amoureuse. Il m’appelle, me cherche et me trouve. Les mouvements langoureux accouplent nos corps dans des postures √©rotiques et sensuelles. Ma chair fr√©mit, se d√©lecte d’un plaisir d√©licieux et atteint le comble de la f√©licit√©.

Le d√©lice s’√©coule en moi, me rend ivre comme si j’avais abus√© d’un liquide alcoolis√©. Sous l’emprise de ce ravissement, la t√™te tourne, tourne et tourne ; me donne l’impression d’√™tre sur un man√®ge lanc√© √† pleine vitesse dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

Le temps √©coul√© me rattrape. Je me vois, v√™tue d’une belle robe fuchsia de la bourgeoisie du XV√® si√®cle, danser dans cette m√™me pi√®ce, sur cette douce musique aux bras de Marco dans son habit princier rouge sang. De nombreux invit√©s dont je ne distingue le visage nous entourent. Je ne sais plus si l’illusion se m√©lange √† la r√©alit√© ou si, sous l’influence de cette extase, je donne corps √† mes fantasmes.

Pour la premi√®re fois, depuis le rituel amoureux, Marco rel√®ve son visage et se noie dans mon regard. Je le sens vibrer dans mon √Ęme.

– Cela fait tellement longtemps que je… n’ai… pas…

РChut. Me dit-il tout en posant tendrement son index sur mes lèvres.

Sans un mot, il se penche et essuie mes larmes de ses bais√©s. Ses l√®vres se joignent aux miennes. Le go√Ľt moelleux de miel se propage en moi comme un puissant jet de plaisir. Ce saisissement d√©lectable fait na√ģtre au creux de mes reins de fins picotements de chaleur.

A l’instant m√™me o√Ļ il s’√©loigne, un l√©ger trouble me gagne. J’√©prouve une d√©sagr√©able sensation de manque, similaire √† une aspiration qui aurait arrach√© une partie de mon √Ęme.

Tout en douceur, de peur de briser une poup√©e de verre, enferm√© dans son silence, Marco me d√©shabille tendrement. Je n’√©mets aucune r√©sistance. Mon corps lib√©r√© de ses v√™tements de plomb, respire pleinement la fra√ģcheur de l’air qui vient le fr√īler.

Marco me caresse de ses yeux de cristal. Ces attouchements invisibles m’effleurent.

Je voudrais qu’il m’aime. Je voudrais lui appartenir pleinement ; dispara√ģtre dans l’effervescence de ses d√©sirs. Et lorsqu’il me prend dans ses bras et me d√©pose sur un lit de coton, je me sens transporter dans un tourbillon de d√©lices. Il s’allonge sur moi et commence √† m’embrasser de ses l√®vres ti√®des et onctueuses. Le contact tendre de sa bouche sur ma peau, lib√®re en moi mes premiers g√©missements d’un plaisir trop longtemps enferm√© et dont j’avais oubli√© la sensation. Je suis anim√©e par une forte envie de me laisser entra√ģner dans l’√©treinte de sa joute amoureuse jusqu’au point de non-retour.

Lorsque je lui ouvre les portes de mon temple, il y pénètre délicatement. Je me laisse dés lors submergée par une passion dévorante.

Nous fusionnons comme deux amants séparés depuis des lustres que le temps a enfin réunis.

Et soudain, au milieu de mes g√©missements, je pousse un petit cri de douleur. Une douleur provoqu√©e par une violente morsure √† la base de mon cou. Une douleur qui me transporte aussit√īt dans une extase infinie, incommensurable, insaisissable.

La nature se d√©cha√ģne. La temp√™te se l√®ve, la mer se soul√®ve, une puissante bourrasque m’immerge tout d’un coup. Je tourne et tourne, soumise √† des vertiges prodigieux. Je plonge dans les ab√ģmes d’une jouissance merveilleuse.

Puis, tout devient calme. Nos corps rassasi√©s se reposent l’un sur l’autre. Dans le silence de la chambre, seules r√©sonnent nos respirations encore acc√©l√©r√©es par la joute amoureuse.

Lentement, Marco se redresse et d√©voile un visage aux l√®vres macul√©es de sang. Je suis surprise mais non apeur√©e. Sans qu’il me le demande, je m’approche et embrasse le fluide rouge et succulent. Aussit√īt, des centaines de piq√Ľres injectent un liquide suave et d√©licieux. Une sensation enfouie dans les limbes de ma m√©moire qui se lib√®re d’un coup. Je me sens rena√ģtre.

РHo Marco, Je suis tienne à jamais.

– Ma douce, Maeva, je t’ai longtemps cherch√©e. J’esp√©rais te trouver au fil des si√®cles de ma triste existence. Mais je n’ai rencontr√© qu’inconnues et victimes. Seul, si seul je me suis senti tout au fond de mon cŇďur.

Il m’embrasse avec tendresse. Et, dans la nuit naissante, au milieu des rayons argent√©s de la lune montante filtrant √† travers les fen√™tres, nous sombrons encore et encore dans une passion que nul √™tre humain n’a jamais connue.

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Written by Corinne √Čcrivaine

L'écriture vibre et fait partie de moi.

Ce fut √† l'√Ęge de 14 ans que je pris la plume pour la 1re fois en retranscrivant mes sentiments sous forme de po√®mes.

Mon amour pour l'√©criture m'a permis de tenir la fonction de correspondante locale pour le journal de ma r√©gion et d'obtenir une 1re publication dans le fanzine : "Le Calepin Jaune n¬į6 de Juin-Sept 2005" ma nouvelle intitul√©e : "La Rencontre".

De gagner le concours des poètes de Lyon 2014.

Mon 1er roman intitulé : "Les Limbes du Peintre" est disponible.

Pour plus d’informations sur mon activité artistique voici mon blog :

https://corinnemolina.jimdofree.com/

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