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Littérature

Pas stable

Et si la stabilité n’était pas l’absence de mouvement, mais l’endroit où l’on peut bouger sans se perdre ?

C’était pendant un concert.

La salle vibrait. Les basses cognaient contre ma poitrine. Les gens chantaient les paroles comme si elles pouvaient les sauver.

Et au milieu de ce bruit, elle me l’a dit presque calmement :

« – Toi, de toute façon, tu n’es pas stable. »

Pas méchamment.

Comme si c’était évident.

J’ai souri.

Pas un sourire vexé.

Juste un sourire tranquille.

Parce que cette phrase ne m’était pas étrangère.

Depuis l’enfance, j’ai toujours été celle qui ressent beaucoup.

Celle qui traverse ses humeurs comme on traverse des saisons.

Il y a des jours lumineux.

Et d’autres plus lourds, où la mélancolie s’installe en silence.

Mais elle ne m’arrête jamais.

Au contraire.

Quand ma tête se dérègle, je fais quelque chose de simple :

Je bouge les meubles

Une chaise d’abord.

Puis la table.

Parfois le canapé.

Je ne sais pas exactement pourquoi.

Peut-être parce que je ne peux pas contrôler le monde.

Ni les gens.

Ni ce qui advient.

Mais je peux contrôler ça.

L’angle d’une lampe.

La place d’un fauteuil.

La façon dont la lumière tombe dans la pièce.

Parce que quand tout reste immobile trop longtemps, j’ai l’impression d’étouffer.

Comme si l’air cessait de circuler.

Comme si la vie quittait doucement la pièce.

Alors je bouge les choses.

Un peu.

Juste assez pour que le monde recommence à respirer avec moi.

Après ce soir là, je n’ai pas regagné mon appartement.

Trop silencieux.

J’ai fui un peu .

Chez un garçon que je connaissais à peine.

On a parlé dans la pénombre de sa chambre.

On s’est allongés.

Je n’ai pas cherché à embrasser.

Juste à être tenues, à déposer ma fatigue.

Peut-être que c’était une fuite.

Peut-être.

Parfois, fuir un peu est le seul moyen de ne pas se perdre complètement.

Les gens aiment les étiquettes.

Ils aiment savoir où te ranger.

Stable.

Instable.

Compliquée.

Intense.

Comme si un mot pouvait contenir une personne entière.

Mais les étiquettes ne rendent pas les gens plus stables.

Elles rendent seulement les autres plus tranquilles.

Et moi, je refuse de vivre figée.

Par Maheve

Je m'appelle Manon.
J'écris depuis toujours pour comprendre ce que je ressens, pour explorer les corps, les émotions et les mouvements intérieurs qui nous traversent.
J'aime observer mes humeurs, les suivre sans les juger, et transformer mes instabilités en mots.
Mes textes perlent de désir, de mélancolie, de fuite et de souffle. De ce qui fait que l'on reste vivant dans tout ce que l'on ressent.

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