Je voulais écrire, mais les mots m’ont échappé comme des oiseaux ivres refusant la cage. Alors j’ai cherché le rythme et le souffle. Et une fois, j’ai pris la ville pour un son. J’ai marché dans ces bruits comme on traverse un rêve sans écho, où chaque pas vibrait d’une note étrangère.
Les murs avaient leurs secrets, les trottoirs leurs prières muettes. Et les lampadaires savaient ce que les hommes oublient : c’est que la nuit ne ment jamais, elle reflète ce qu’on enfouit dans le silence, comme si on vivait encore entre deux mondes : l’enfance qui s’effrite, et l’adulte qui n’arrive pas.
La musique fut alors mon refuge pendant un temps. En vérité, il faut dire que c’est elle qui m’a recueilli. Elle m’a trouvé dans l’ombre, m’a tendu ses pulsations. Et J’ai enfin compris qu’écrire, ce n’est pas juste aligner des mots stylés par ici ou par-là, mais plutôt écouter : le tremblement du monde, le froissement des âmes. Car la musique m’a appris que rien ne se dit vraiment, tout se devine, tout se ressent.
Ainsi je marche dans ce kaléidoscope sonore, entre rythmes urbains et violons qui s’endorment. Je m’y reconnais, mélange vivant, parce que je partage ces éclats de vie. Un refrain de là-bas, une mélodie d’ici.
Depuis je n’écris plus, je respire juste. Je laisse le monde me traverser, et je me laisse transporter par la vague psychique. Et quand enfin le vent s’accorde à ma poitrine, les mots reviennent d’eux-mêmes, fatigués d’avoir fui. Je les accueille bras ouverts sans leur demander d’où ils viennent. Je les laisse poser leurs valises sur ma page. Et ma plume, enfin, retrouve son souffle d’artiste.
Fred kenny fotso