Le banc est un peu froid, même en plein après-midi. Les pigeons tournent autour, les feuilles craquent sous les pas lents des passants. Assis là, je revois tout ! C’était un mercredi, on s’était donné rendez-vous derrière le gymnase, là où la lumière du soleil filtrait entre les grillages.
Je croyais qu’on allait rire, peut-être parler du film qu’on devait voir ensemble samedi. Elle avait ce pull bleu qu’elle aimait porter et moi, un sourire idiot que je n’arrivais pas à cacher. Mais elle n’a pas souri. Elle a juste pris une petite inspiration et m’a dit, comme on annonce une météo : « Je préfère quelqu’un de plus excitant ». Je n’ai pas su quoi répondre. Mes mains sont restées dans mes poches.
Mes yeux ont cherché à comprendre dans les siens, « Excitant !», comme si tenir parole, être attentif, ne valaient rien dans ce jeu-là. Deux semaines plus tard, je l’ai vue à la cantine, accrochée au bras d’un type plus âgé, celui qui se vantait bruyamment de ses conquêtes, qui traitait les autres comme des figurants dans son film. Elle rirait et puis j’ai compris, elle voulait ce frisson que je ne savais pas inventer.
Les années ont passé. Je me suis assis sur ce même banc, et aujourd’hui, à ma gauche, il y a ce gamin qui parle sans arrêt. Il me raconte une fille avec les yeux qui brillent comme si le monde entier tournait autour d’elle. Il me parle de ses messages, de leurs promesses, de la chanson qu’ils se sont envoyée hier soir.
Je l’écoute en silence. Je souris un peu, pas pour me moquer, mais parce que je sais déjà comment cette histoire peut finir. Alors je lui dis : « Petit… Parfois, ce que tu offres, ce n’est pas ce qu’ils veulent recevoir. Certains cherchent le vertige, pas la tendresse. Ils veulent la tempête, pas l’abri. Et toi, tu ne peux pas les retenir en leur offrant un port tranquille quand ils rêvent de vagues qui renversent tout. »
Il fronce les sourcils, comme si mes mots étaient trop grands pour lui. Je le laisse. Il comprendra plus tard. Le soleil baisse, les ombres s’étirent sur le trottoir. Il se lève, me salue, part en trottinant. Et moi, je reste là, seul sur le banc, à me demander combien d’entre nous ont appris cette leçon trop tard, et combien s’assiéront encore ici avec la même histoire à raconter.
Fred kenny fotso